Permis mer

Depuis 35 ans qu’il vit en Polynésie, Alain Perier a toujours navigué pour son plaisir. Pendant plus de dix ans, il a notamment fait du convoyage de voiliers, en parallèle de son activité de Directeur Technique d’une grosse société de la place. Depuis deux ans et demi, il transmet sa passion de la mer en formant aux permis chez Polynésie Formation.

Pourquoi avoir choisi de faire de la formation ?
J’en avais déjà fait dans le domaine sportif pendant longtemps : j’ai été instructeur de parachutisme civil en France et à Tahiti, jusqu’à ce que l’on ferme le Para Club en 1985, pendant 15 ans. C’est un domaine qui me plaît. J’y suis revenu pour la mer avec beaucoup de plaisir.

En quoi consiste votre métier de formateur ?
Nous formons les plaisanciers à la conduite de navires et à la navigation. On est en charge de leur formation théorique et pratique – le permis hauturier ne comportant que de la théorie (navigation sur cartes). Il faut avoir 16 ans révolus pour passer le permis mer. Il est possible de prendre des cours avant mais il faut avoir 16 ans au moment de l’examen.

Comment s’organise la préparation à l’examen ?
Chez nous, les cours sont programmés du lundi au jeudi soir, en fonction des disponibilités des candidats. Pour toute la partie théorique, il faut compter entre 8 et 10 heures de cours. On aménage ensuite des créneaux le week-end pour la pratique. Le lundi soir, on fait des tests en blanc et le mercredi matin, les candidats passent le permis. L’examen théorique est immédiatement corrigé et ceux qui le réussissent (99%) passent la pratique dans la foulée. Sur les deux dernières années, on a délivré 2 400 permis côtiers par an sur toute la Polynésie.

Quel est votre public, y’a-t-il un profil de candidat ?
Vraiment pas : jeunes, moins jeunes ou même vieux, locaux qui ont quitté l’école à l’âge de dix ans ou encore touristes en vacances, nous avons de tout. Il y a en revanche plus d’hommes que de femmes (chez Polynésie Formation en tout cas) : environ 75% – 25%. Et cela n’a rien à voir avec le fait qu’il y ait beaucoup de pêcheurs car pour eux, c’est encore différent : ils doivent détenir le Certificat d’aptitude à la conduite d’embarcation de pêche (CACEP).

La réforme des permis plaisance qui a été mise en place en métropole en 2005 a-t-elle eu une incidence sur l’organisation ou la délivrance des diplômes ici ?
À l’heure actuelle, les permis qui sont dispensés en Polynésie sont les permis de l’ancienne mouture française car la réforme n’est pas applicable en Polynésie. Il y a eu des discussions avec la Direction Polynésienne des Affaires Maritimes (DPAM) pour revoir notre permis mais à ma connaissance le sujet n’est pour le moment pas à l’ordre du jour.
En attendant, il existe une réciprocité de fait entre les deux permis, malgré leurs prérogatives différentes, et il est toujours possible pour le candidat de se faire établir un permis métropolitain par équivalence avec le permis polynésien.

Est-ce une des raisons qui vous a motivé à rejoindre le syndicat professionnel l’Union Polynésienne des Bateaux Ecoles (UPBE), créé début juin 2010 ?
La profession est encore mal organisée, c’est pour cela que l’on a fondé ce syndicat. Certains clubs de plongée proposent des formations au permis côtier en plus de leurs activités, donc ils appliquent des tarifs défiant toute concurrence. Ce n’est pas sérieux : fin 2009, début 2010, on était tombé à 10 000 Fcfp le permis ! À l’heure actuelle, un permis côtier coûte 20 000 Fcfp par personne, pour des cours à 4 ou 5 élèves minimum, ou 25 000 Fcfp en individuel – c’est tout juste raisonnable. On ne peut prétendre former convenablement des candidats aux prix cassés pratiqués par certains. Nous ne serions par ailleurs pas pris au sérieux par les autorités.

Votre objectif est donc de professionnaliser le système le plus rapidement possible ?
On souhaiterait en effet professionnaliser au maximum l’exercice des bateau-écoles, le métier de formateur, avoir enfin une uniformité dans les cours, dans les prix aussi, pour être reconnus comme des professionnels de la mer. C’est le but du syndicat.

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